Les curieux avatars des impôts des travailleurs frontaliers du Luxembourg.
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L’impôt sur le revenu des français qui perçoivent en même temps des revenus venant de France et du Luxembourg est une histoire à dormir debout depuis quelques années.
Le 20 mars 2018 à Paris, une convention fiscale a été signée entre les deux pays. Les députés (alors LREM) de nos territoires applaudissaient, saluaient un progrès « formidable » et le Parlement adoptait sous leurs applaudissements la loi du 25 février 2019 ratifiant (procédure obligatoire) la nouvelle convention.
Curieusement, le 10 octobre 2019, en toute discrétion, un avenant à cette convention remodifiait les règles fraichement ratifiées. Certains fiscalistes, moi-même et quelques journalistes avaient en effet alerté sur un changement radical du calcul de l’imposition des revenus français des foyers fiscaux des frontaliers. Ces impôts augmentaient mécaniquement avec la méthode de l’imputation choisie en 2018. Les députés n’avaient rien vu !
Le nouvel avenant a donc été lui aussi soumis à ratification et les mêmes députés se félicitaient de ce qu’ils prenaient pour un retour à la case départ. La loi du 27 janvier était adoptée à leur grande satisfaction, l’un de ces pieds nickelés déclarant même que « rien ne changeait » par rapport aux règles d’avant 2019.
Hélas pour lui, la première année où cet avenant entrait en vigueur, des dizaines de milliers de frontaliers voyaient avec effroi des augmentations d’impôts parfois très importantes…
Les députés n’avaient encore une fois pas bien lu : l’impôt sur le revenu payé au Luxembourg n’était plus déduit du revenu global (c’était écrit en toute lettre) et les conséquences étaient souvent importantes…
Ils trouvaient alors en « Bercy » un bouc émissaire pratique pour masquer leur incompétence : les services administratifs étaient accusés d’avoir mal interprété le texte auquel ils n’avaient rien compris… Ces derniers avaient en fait parfaitement appliqué ce que ces législateurs « amateurs » avaient voté !
Fièrement, ils obtenaient du Gouvernement le 1° octobre 2021 un communiqué qui annonçait que la loi régulièrement votée ne serait pas appliquée afin de prendre le temps d’en peser les conséquences. Inédit dans notre Etat démocratique !
Le communiqué était précis :
« Afin d’en apprécier précisément l’ampleur pour les contribuables, le Gouvernement procèdera à une évaluation complémentaire de l’impact, pour les frontaliers, du changement de méthode d'élimination de la double imposition prévue par la convention fiscale.
Dans l'attente des résultats de cette évaluation, qui sera présentée au Parlement, les foyers concernés pourront exceptionnellement demander, pour ce qui concerne l’élimination de la double imposition, l’application des stipulations de l’ancienne convention pour les revenus visés perçus en 2020 et 2021. »
Les services fiscaux étaient chargés d’accepter en vitesse des milliers de réclamations.
Mais l’évaluation annoncée a-t-elle été faite depuis cette annonce vieille de 15 mois ? Nul ne sait…
Le communiqué parlait des revenus de 2020 et 2021. Rien n’est dit sur les revenus de 2022. L’année 2022 est finie. Les frontaliers concernés ne savent pas comment leurs revenus de l’année écoulée seront imposés !
Il faut avouer que la méthode a de quoi interpeler les juristes habitués à plus de rigueur et de précision. Dans les écoles de fiscalité, on aura là un exemple d’incompétence législative, de non application de la loi par le pouvoir exécutif, de grave manque d’information aux contribuables et finalement de manque de respect aux bonnes pratiques fiscales et légales.
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Les retraites au Parlement : un habillage sur mesure...
La question des retraites est en route pour une discussion parlementaire où les jeux sont (presque) déjà faits : le Gouvernement a négocié le ralliement du groupe LR, et devrait pouvoir passer le vote sans trop de difficultés.
Je crains que cette phase parlementaire ne soit en fait qu’un habillage pour que cette alliance puisse préserver l’identité des forces en présence. La proximité entre LR et la macronie ne fait guère de doute, et la question des retraites n’en est qu’un exemple parmi d’autres.
Mais pour exister encore un peu, le parti LR doit « faire semblant » : ses représentants vont grogner, menacer et exiger... Ses ténors se vanteront ensuite d’avoir obtenu « de haute lutte » quelques menus aménagements qui seront le prétexte de leur vote bienveillant. Ils voudront faire oublier que ce vote est acquis depuis quelques semaines tout simplement parce qu’ils approuvent le recul de l’âge de la retraite, pilier du projet de loi.
Parmi ces prétendues concessions, on parlera sans doute de la « clause de revoyure », disposition ayant l’avantage de ne rien couter, de ne rien changer et… d’amuser la galerie. Ne pas regarder dans quelques années l’effet de la réforme et le contexte économique et financier serait une faute majeure. S’engager à le faire ne relève que du bon sens de tout gouvernement attentif à régulièrement s’interroger sur une part prépondérante de la dépense publique !
Le Parlement devra se montrer à la hauteur et s’efforcera d’aborder les sujets qui fâchent une très large majorité de français.
Mais des délais très contraints sont fixés pour l’examen de ce texte, curieusement présenté dans le cadre de l’article 47-1 de la constitution qui n’est manifestement pas adapté à une réforme aussi structurelle.
La droite et le Gouvernement essaieront d’occuper le terrain avec des mesures « gadget » comme cette « clause de revoyure » qui me ferait rire si le sujet n’était pas aussi grave pour les gens, surtout les plus modestes.
D'autres leviers plutôt que reculer l'âge de la retraite...
Un déficit limité en volume et en durée n’imposait pas une réforme urgente des retraites mal ficelée et globalement injuste. Le Président semble néanmoins déterminé à la mener. Son choix (il déclarait encore en 2019 ne pas vouloir bouger l’âge de départ) est le plus injuste car il frappera presque uniquement celles et ceux qui, peu formés, ont cotisé tôt, plus longtemps et souvent les plus « usés » au travail.
Le clan Macron (élargi une fois de plus par une grande part de la droite) veut trouver des recettes. Un jour il dit que c’est pour combler le déficit, le lendemain pour dégager des marges de manœuvre pour autre chose. Il faut bien aussi compenser la fin de l’ISF, la moindre imposition des dividendes, l’allègement massif des cotisations sociales pour remplacer le CICE, la baisse des impôts (dits de production) des entreprises…
Alors même sans forcément partager tous ces choix, on peut donner quelques pistes de loin préférables à ce choix injuste de reculer pour tous l’âge de la retraite :
- Il existe des réserves : la fameuse CADES qui encaisse autour de 20 Milliards par an, qui rembourse la dette sociale et qui devait s’éteindre en 2023 ou 2024… Le Gouvernement l’a « rechargée » fortement en dettes suite à la crise du COVID. Elles devraient maintenant être amorties autour de 2032. L’inflation pourrait même accélérer le mouvement. Plus de 20 Milliards annuels seraient ainsi libérés. Un fond de réserve des retraites (FRR) est encore doté de plus de 26 Milliards. Son affectation est aux mains de l’État. Je connais moins la situation des organismes de type AGIRC, ARCO, mais on sait que des réserves substantielles sont évoquées régulièrement.
- Les allègements de cotisations sociales ont été pratiquées par tous les Gouvernements pour diminuer le coût du travail. Ils sont aujourd’hui massifs. La loi Veil (1994) impose à l’État de compenser à la Sécu les allégements de cotisation. En 2020, le Gouvernement s’est « assis » sur ce principe en privant les Sécurité Sociale de 4 Milliards de recettes annuelles (appelés à augmenter avec le temps). De même la « bascule » sur les cotisations sociales des 20 Milliards annuels de réductions d’impôts (pour un coût de 40 Milliards en 2019) a laissé des traces sévères dans les comptes sociaux.
- A rebours de l’air du temps, je trouve curieux l’exonération de cotisations sociales de nombreux revenus : intéressement, participation, primes (baptisée Macron), heures supplémentaires, … Tous les salariés ne sont pas concernés. Les fonctionnaires en sont largement exclus. Ces compléments de revenus remplacent souvent le salaire de base et sont souvent pour l’employeur un motif pour ne pas augmenter la paye. Une uniformisation des cotisations sur tous les revenus (y compris ceux du capital) serait plus juste. « Assiette large, taux faibles » est une pratique qui permet de mieux piloter les recettes, sans « à coup » et effets de seuils toujours difficiles à admettre. Un élargissement des assiettes assujetties à cotisation couplé à une baisse de leurs taux serait beaucoup plus juste.
- D’autres pistes seraient aussi à explorer. La diminution des cotisations au-delà du plafond de la Sécurité Sociale (il est vrai assortie d’un plafonnement de l’assiette de calcul de la retraite) est une singularité rarement évoquée et qui pourrait être regardée. La question des retraites « chapeau » et leur fiscalité, la distribution et les cotisations sociales des stock-options, l’assujettissement à cotisations des dividendes qui pour certains se substituent aux salaires… Autant de sujets qui pèsent autant en Milliards qu’en éléments d’équité. Sans parler des « profits » exceptionnels réalisés par certains suite aux problèmes sanitaires, énergétiques et internationaux.
On espère que le débat à venir ouvrira ces pistes. Le Gouvernement se dit déterminé, mais c’est toujours le Parlement qui vote les lois, le Gouvernement ne faisant que les proposer au vote avant de devoir les exécuter après leur adoption. Il est donc important d’interpeler les parlementaires (députés, sénateurs), de leur dire haut et fort notre pensée, notre colère et nos propositions.
retraites : la part de PIB consacrée aux retraites globalement stable sans réforme !
Les propos alarmistes et confus des macroniens sur les retraites méritent d’être éclairés et corrigés par des constats simples. Le système social français ne vas pas dans le mur. Certes, des injustices (minima trop faibles, cas des femmes et des carrières chaotiques, pensions de réversion inégalitaires…) peuvent justifier d’une réforme réfléchie et partagée.
Mais le meilleur indicateur de la soutenabilité et de survie de nos régimes est de regarder la part de notre richesse annuelle qui va aux retraités. Le Conseil d’orientation des retraites (COR), Thomas Piketty comme tous les économistes sérieux insistent sur cette donnée qui mesure bien les évolutions.
Comme tous les ans, le dernier rapport du COR s’ouvre d’ailleurs sur le graphique ci-dessous que tous doivent s’efforcer de comprendre, même les parlementaires macroniens, leurs mentors et leurs complices LR.
Les courbes concernant l’avenir sont multiples car elles sont calculées chacune en prenant différentes hypothèses économiques (taux de chômage à 7% ; quatre scénarios d’évolution de la productivité du travail allant de 0,7 % à 1,6 %).
Le constat est sans appel :
La part de notre richesse nationale (PIB) consacrée aux retraites serait stable, voire en diminution dans la majorité des scénarios.
Un pic a été atteint en 2020. : la crise sanitaire a en effet fait baisser le PIB, peu les retraites, donc le ratio a augmenté.
En bref, d'après le COR, notre pays n’aura pas à accroitre la proportion de la richesse produite pour financer les retraites calculées selon le mode actuel.
Le but du Président Macron qui noircit à l'envi le tableau est triple :
- faire travailler plus pour augmenter la part de richesse captée par les dividendes.
- Inciter les français en les angoissant à se tourner vers des assurances retraites privées.
- Dégager des marges financières pour absorber les baisses d’impôts (ISF, flat tax, TH…) qui ont bénéficié prioritairement aux plus aisés.
Répéter que c’est pour sauver le système est une tromperie grossière qui ne résiste pas à l’analyse.
Reculer l'âge de la retraite est la pire mesure d'une réforme des retraites.
Mon analyse, souvent partagée au-delà de mes amis politiques, m’a conduit dans un post précédent à affirmer que la réforme n’était pas urgente, pouvait être utile si son objectif était clairement de corriger certaines injustices notoires.
Le Gouvernement tergiverse : tantôt il prétend que sa réforme a pour but de sauver le régime par répartition, tantôt il évoque le besoin de faire des économies pour financer d’autres actions…
Mais toujours, pour trouver entre 12 et 20 Milliards d’économies, il avance l’outil du recul du report de l’âge légal aujourd’hui de 62 ans à 64 ou 65 ans.
Passons sur la prétendue concession qui privilégie 64 au lieu de 65, c’est dans tous les cas d’un recul d’au moins deux ans dont on parle. Se replier sur moins pire tente de masquer la dureté de la proposition.
Car sans rentrer dans trop de détails, il est clair que cette mesure impactera presque exclusivement les salariés les plus modestes :
Dans le modèle actuel :
Un salarié A né en 1961 doit justifier de 42 années de cotisations pour partir avec une retraite complète à 62 ans. Si M a suivi une formation courte et a commencé à travailler jeune (par exemple à 20 ans) il aura cotisé 42 ans en 2023 et pourra partir en retraite à taux plein à ses 62 ans.
Un autre salarié B né lui aussi en 1961 a fait des études plus longues. Il a commencé à travailler plus tard (par exemple à 22 ans). Pour partir avec une retraite à taux plein, il devra cotiser 42 ans et devra attendre 2025 pour toucher sa retraite à taux plein à ses 64 ans.
Si l’âge de départ est reculé à 64 ans :
Le salarié A devra travailler 2 ans de plus.
Pour le salarié B, rien ne change !
Il est clair que dans la grande majorité des cas, les salariés comme A sont des ouvriers, avec des salaires (et donc des retraites) modestes.
Les personnes entrant plus tard dans la vie active (de type B), ont en général des métiers mieux rémunérés et moins pénibles, sont plutôt des cadres et ont une durée de vie plus longue. Ils ont d’ailleurs moins cotisé proportionnellement à leurs revenus compte tenu du plafonnement des cotisations retraites !
Le recul de l’âge légal frappera essentiellement les catégories modestes, et épargnera les autres.
Si l’objectif d’économies (artificiellement mis en avant) est atteint par cette mesure d’âge, l’injustice est criante. Bien d’autres situations démontrent que la mesure d’âge est la pire des solutions. Elle ne corrige aucune injustice et pénalise au contraire celles et ceux qu’une réforme aurait dû avantager.
Réforme des retraites : urgence, utilité et objectifs...?
Le débat sur les retraites reprend forces et vigueur. Il est légitime d’y accorder un peu de temps et de s’efforcer de rentrer dans des considérations qui peuvent paraitre complexes. C’est un choix de société, un choix de vie pourrait-on même dire. Cela concerne tout le monde et mérite que l’on s’y intéresse.
La complexité et l’ampleur du sujet me conduiront à aborder un seul thème par article. Le premier volet consiste à se poser la question de l’urgence, de l’utilité et des objectifs d’une « réforme ».
L’urgence d’abord :
On nous dit que sans réforme, le système « par répartition » va s’effondrer, que les déficits vont s’accumuler, que le statuquo est impossible. C’est très largement faux ! Le C.O.R. (Conseil d’Orientation des Retraites) dans ses rapports réguliers, formule des hypothèses où même les plus pessimistes conduisent à des déficits pour une durée assez limitée compris entre 12 et 20 Milliards d’Euros par an. Effrayant pour le commun des citoyens, ce chiffre est à mettre en regard d’une dépense annuelle pour les retraites de l’ordre de 300 Milliards. Pour provoquer un peu, le patron du groupe français LVMH possède à lui seul une fortune de l’ordre de 170 Milliards d’Euros, soit en gros 10 années du déficit possible des retraites de tous les français. Il existe par ailleurs d’autres possibilités de financer les besoins. La CADES (Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale) rembourse l’essentiel des dettes sociales en encaissant pour près de 20 Milliards dont la CRDS (0.5% de tous les revenus) plus une part de CSG et du fond de réserve des retraites. Sans la crise COVID, en 2023 cette dette aurait disparu et les recettes CADES seraient devenues disponibles ! Le Gouvernement a décidé de « recharger » (très fortement) des dettes à la CADES, mais à long terme des moyens reviendront. Et d’autres secteurs de dépenses sociales relèvent la tête et devraient pouvoir être sollicités.
L’utilité ensuite :
Si l’urgence vitale n’est, selon moi, pas en cause, l’utilité d’une réforme peut se concevoir sans précipitation et sans crispation excessive. La fin de l’indexation des retraites sur les salaires a réduit les déficits, mais elle conduit inéluctablement à une diminution relative des futurs retraites. Si aujourd’hui le niveau moyen des retraites est convenable, – sans oublier que trop de « petits » retraités sont dans des situations inacceptables - le statuquo abaisserait excessivement le pouvoir d’achat des futurs retraités et c’est évidemment un point à corriger. Il existe également trop d’inégalités sur de s points importants entre les régimes : l’un d’entre eux, peu souvent évoqué, est le niveau des pensions de réversion des conjoints survivants. 12 situations différentes existent suivant le régime du défunt, allant de l’absence totale à la réversion à un taux variable, prenant en compte ou pas le niveau des revenus. Une uniformisation sur ce point dans tous les régimes (avec une règle favorable) serait juste et acceptée.
Les objectifs de la réforme :
C’est à l’évidence un des points obscurs du Gouvernement : leur première analyse consistait à justifier leur réformite par le besoin de sauver le régime. Comme on l’a vu, cet argument est pour le moins fragile.
Dans un second temps, le Président a changé de discours : il s’agirait de dégager des marges pour d’autres actions de l’Etat (environnement, enseignement, santé…). Ce point est évidemment contestable : l’argent cotisé pour les retraites est une épargne pour chaque cotisant et l’argent des retraites ne saurait servir à autre chose qu’aux retraites !
On entend encore souvent – surtout à droite – la ritournelle consistant à dire que l’augmentation de la durée de vie impose d’allonger la durée de vie travaillée. Ceci pourrait à la limite se concevoir si cette donnée était uniforme pour tous. Les inégalités de durée de vie suivant les emplois sont patentes et la corrélation entre la durée de vie au travail et celle de la retraite ne doit pas se faire de la même façon pour tous
En résumé, une réforme n’est pas urgente, peut être utile si elle répond à un objectif clair : corriger dans la durée les injustices du système actuel.
Jouer sur le paramètre de l’âge de départ possible est la plus mauvaise réponse pour ça. Mais ceci sera développé dans un autre article, dès lors que le Gouvernement aura confirmé ses choix.
Accueillir les utiles, c'est renier nos valeurs humanistes !
J’ai été élu député en 2007 et ai été – comme beaucoup de nouveaux – désigné comme membre de la Commission des affaires sociales de l’Assemblée. Roselyne Bachelot est en 2009 Ministre de la Santé (et… des Sports !). Elle défend une loi connue sous l’acronyme HPST (Hôpital, Patients, Santé, Territoires).
Au groupe socialiste (minoritaire mais nombreux à l’époque), nous sommes alors divisés sur un point : beaucoup de députés (le plus souvent des circonscriptions rurales) pointent la rareté de l’offre médicale, tant en médecine hospitalière qu’en médecine de ville. Ils souhaitent utiliser cette loi pour contraindre les soignants à officier dans les zones sous-dotées en pénalisant financièrement leur installation dans les territoires déjà bien garnis. D’autres (souvent issus des milieux médicaux) plaident pour s’en tenir à encourager (par la rémunération) l’offre de soins là où elle est défaillante. L’argument massivement utilisé étant le caractère « libéral » de professions pourtant essentiellement payées par de l’argent public !
Avant d’être parlementaire, j’avais enseigné les mathématiques dans les terminales scientifiques de mon lycée et avait très souvent vu quantité de lycéens sérieux et même parfois brillants, désireux de faire des carrières médicales, échouer aux concours de fin de première années, victimes du tristement connu « numerus clausus ». Curieux pays, manquant de soignants et rejetant des formations des étudiants volontaires et à l’évidence capables.
J’étais donc naturellement dans le camp des « durs » prêts à déconventionner les débutants refusant d‘officier dans les déserts médicaux, au moins pour un temps.
Le soir du débat, j’étais un des seuls députés présents dans l’hémicycle n’appartenant pas à la filière soignante ! On m’a dissuadé de m’exprimer, et ai fini par laisser ces gens-là « entre eux ». Parmi les inepties entendues, je me souviens de l’argument consistant à dire que les décisions prises alors n’auraient de toute façon pas d’effet avant plus de 10 ans !
Si je reparle de cela aujourd’hui, c’est à la lecture d’un article du journal Le Monde dont le début est reproduit ici :
Conditionner un titre de séjour à la rentabilité de l’impétrant pour le pays d’accueil est une idée dont l’éthique heurte mon humanisme : accueillir les grands et forts avant les petits et faibles, les gros Q.I. avant les gens ordinaires, les prêts à l’emploi avant les bruts de décoffrages… Pourquoi pas les beaux avant les moches, les blancs avant les noirs, les cathos avant les laïcs ?
S’il est vrai que notre pays ne peut accueillir toute la misère du monde, les critères ne peuvent que donner priorité aux persécutés, quelle qu’en soit la raison, ou à celles et ceux qui ne peuvent plus vivre sur place faute de nourriture ou à cause de cataclysmes naturels.
De plus, pour en revenir au sujet de l’article, le déficit de soignants pointé en 2009 aurait pu commencer à être endigué en 2022 si la loi avait alors fait sauter les contraintes imposées aux formations, soutenues par certains des acteurs craignant surtout de devoir un jour partager la clientèle et les honoraires.
Le Gouvernement de la France, Pays des lumières, envisage d’autoriser l’accueil des étrangers en fonction de leur capacité à boucher les « trous » que nous aurions pu éviter. Les autres peuvent rester mourir chez eux ! Que sommes-nous devenus ?
Les élus et leur casier... Des tabous à briser...
Dans ce propos ne figurera aucun nom rappelant un dossier passé ou en cours. Chacun (malheureusement) pourra trouver des exemples auxquels se référer, dans son propre camp ou chez ses concurrents…
La désaffection des citoyens envers les femmes et les hommes exerçant des fonctions électives (voire publiques) vient entre autres choses des « affaires » qui se multiplient comme rarement. Deux décisions claires pourraient substantiellement changer la donne :
- Il a été souvent regretté que les femmes et les hommes ayant été « significativement » condamnés puissent rester voire postuler à des fonctions électives. La loi doit interdire cela, après que le mot « significativement » ait été précisé par le débat parlementaire.
- Il a été aussi souvent constaté que des procédures visant des élus durent une éternité. C’est insupportable. Le droit à se défendre et le besoin d’instruire complètement les dossiers ne justifient pas des années de procédure ressenties comme des années de bienveillance judiciaire. Des délais « raisonnables » doivent être fixés pour juger les personnes publiques.
L’antiparlementarisme, le discrédit des partis politiques, le désintérêt des citoyens pour le débat public et l’abstention aux élections conduiront à l’affaiblissement dangereux de l’idée républicaine. A se demander si cela n’est pas le but poursuivi par quelques-uns…
Accéder aux études ne doit pas être une question d'argent.
Écrire pour suggérer, pour aider à réfléchir, pour inciter à se mobiliser, ce n’est pas une corvée, c’est à vrai dire facile. Défiler, tracter, se réunir, frapper aux portes, c’est évidemment plus chronophage. Il faut parfois vaincre sa timidité et ne pas craindre la contestation, surtout quand on n’est pas dans l’air du temps…
J’ai donné ! … et mesure le confort d’être derrière son écran, de parler via son clavier et de lancer son message à (au moins) plusieurs centaines de personnes par un simple appui sur la touche « enter » !
Pour autant, je cherche à utiliser ce moyen avec un maximum de rigueur et de sérieux.
Une de mes obsessions se trouve dans une proposition que la Gauche Républicaine et Responsable à laquelle j’aspire doit impérativement retenir : Faire de l’Enseignement la priorité de l’action de l’État. Cela parait simple, mais se décline en de nombreux sous chapitres : contenu des programmes, nombre des enseignants, qualité de leur statut, autonomie des écoles (ou pas), gestion de l’orientation, organisation des cycles, des examens et de la sélection…
Ces questions sont complexes et peuvent donner lieu à de (légitimes) débats.
Une chose, selon moi, ne souffre pas de discussion : la discrimination par l’argent pour l’accès aux études n’a pas sa place dans notre vision de la République. Il se trouve que cela existe pourtant encore beaucoup, particulièrement concernant les études supérieures. Je l’ai mesuré mille fois autour de moi, et pourrait remplir un livre de récits de renoncements, de galères et de sacrifices de tranches de vie façon « Zola » : celles de la fille ou le fils de foyers modestes qui veulent « monter » à Paris ou dans une métropole, dans une Grande École ou dans une Faculté réputée dont les portes se sont ouvertes grâce au leur travail et à leur persévérance. Le prix d’années de bachelors, de masters, de diplômes d’écoles le plus souvent privées ou semi-publiques (gérées par les Chambres de Commerce et d’industrie…) est exorbitant quand il n’est pas rédhibitoire.
On me parlera de bourses ou de prêts plus ou moins bonifiés, plus ou moins garantis par l’État. Oui, la charité existe encore, et peut aider quelques cas. Mais au Pays des lumières, dans la cinquième puissance du monde, ne peut-on imaginer que la République rende les études gratuites pour toutes celles et tous ceux qui ont montré leur volonté, leur sérieux et acquis le niveau indispensable pour poursuivre des études. Cette République, trop occupée aujourd’hui à alléger les charges de celles et ceux qui gagnent, ne peut-elle pas héberger, nourrir, transporter et scolariser gratuitement les étudiants qui construiront demain l’avenir économique et social du pays ?
J’ai connu des étudiants arrivant épuisés en cours, de retour de leur activité salariée devenue indispensable à leur budget. J’ai entendu les libéraux macronisés se réjouir que les boulots des plateformes ou le travail du dimanche soient profitables aux étudiants… C’est indigne de la République humaniste que nous devons construire.
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