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Des raisons de faire le choix de...la raison

23 Mai 2022 , Rédigé par Christian Eckert

Une campagne électorale doit être un temps de débat. Il doit porter plus sur les idées que sur les postures, les présupposés, voire les stratégies.

On doit pouvoir, sans violence inutile, sans procès d’intention infondé, analyser les projets des uns et des autres. On doit aussi examiner leurs engagements, sans certitude qu’ils seront tenus, mais en évaluant autant que possible leur faisabilité.

Ayant eu un long parcours politique et exercé différentes fonctions exécutives, ayant souvent été candidat à des élections, il n’est pas extraordinaire que je donne ici mes réflexions sur le scrutin législatif de ce mois de juin.

Depuis le dernier scrutin présidentiel, beaucoup s’accordent à dire que trois blocs composent les forces politiques en présence :

  • Celui de l’extrême droite, autour du Rassemblement National et de ses satellites. Son programme ne peut trouver grâce à mes yeux compte-tenu de ses relents racistes et de ses principes d’exclusion. L’humanisme que je m’efforce de pratiquer m’interdit toute considération pour les idées d’extrême droite. Inutile d’en dire plus ici.

 

  • Celui du Président Macron, qui a drainé des femmes et des hommes venus de partout, souvent par opportunisme, parfois en croyant trouver là une nouvelle forme de pratique politique. Ayant connu et observé Emmanuel Macron, j’ai vite compris le danger qu’il représentait. Avant bien d’autres, j’ai dit et écrit mes profonds désaccords avec lui et ses objectifs. J’ai sans relâche dénoncé sa politique. Je me dois d’accepter les reproches, mais ne peux pas être accusé de complaisance avec le macronisme. Il veut privatiser la Sécurité Sociale, affaiblir l’Etat, enterrer les solidarités, aménager la fiscalité pour les riches, oublier les territoires, provoquer par des propos indignes, décider seul…

                                                  

  • Celui de la Gauche devenue NUPES dominé par LFI et Jean Luc Mélenchon. Des accords (différents !) ont été signés entre plusieurs partis (LFI, EELV, PS…). Mais un programme a été élaboré. Je l’ai entièrement examiné et ai fait plusieurs constats :
  1. La présentation est intéressante : sur chacune des grandes thématiques, des propositions sont faites. Puis, à la fin de chaque chapitre, certains points (finalement assez peu nombreux) sont déclarés comme devant « être mis à la sagesse de l’Assemblée ». Le texte précise les positions de chacun des membres de NUPES. Par exemple, il est écrit que : « La France insoumise proposera le retrait immédiat de la France du commandement intégré de l’OTAN ». Il est aussi précisé que : « Le Parti socialiste sera favorable au maintien de la France dans l’OTAN. ». D’autres exemples existent sur les retraites, le nucléaire, la fiscalité… Ce choix de pointer les différences en marge des engagements communs est assez clair et intelligent. La rapidité de l’élaboration du programme comme la complexité des sujets a conduit à cette présentation honnête et respectueuse des signataires comme des électeurs. Couplée avec un renforcement nécessaire du rôle du Parlement, cette méthode ne garantit certes pas une gouvernance fluide, mais cela ne l’empêche pas non plus.
  2. La lecture des engagements donne une impression de flou et fait l’impasse les nombreuses difficultés d’application. Des phrases généreuses : « En finir avec la flexibilisation, l’annualisation contrainte, l’intensification et les horaires fractionnés. » ou encore « Créer au moins un million d’emplois grâce à l’investissement dans la bifurcation écologique et sociale » comme « Soutenir le tissu associatif local en maintenant les subventions, en généralisant les conventions pluriannuelles et en sortant de la logique des appels à projets » … De quoi avoir l’assentiment général dans une absence complète de description des outils, des moyens et des calendriers. Il est incontestable que les objectifs dithyrambiques énoncés dans des termes simplistes ne sont pas seulement dépendant d’un vote. Politiquement comme juridiquement, administrativement comme constitutionnellement, les difficultés seront nombreuses et des déceptions sont à craindre. C'est vrai sur l'Europe, l'énergie, la laïcité...
  3. Mais la réserve principale ne vient pas de ce qui pourrait apparaitre comme une absence de volonté. J’ai en vain cherché (certains diront que c’est une regrettable séquelle de trois années passées à Bercy) un tableau récapitulatif montrant l’équilibre (ou quantifiant le déséquilibre) des mesures proposées. Aucun chiffrage n’est fait. Ni en dépenses, ni en recettes. On peut toujours dire que la politique comptable est à proscrire, que l’argent existe et qu’il suffit de traverser la route pour le trouver. Conduire une politique, c’est aussi gérer ses finances. Dans une famille, dans une entreprise, dans une association, dans une commune comme dans notre pays, nous avons tous rêvé de l’idéal, et avons tous du choisir des priorités. La retraite à 60 ans pour tous, l’eau et l’électricité en partie gratuite, une TVA réduite à 0 pour l’indispensable, la cantine bio et gratuite, des millions d’emplois aidés, des prix bloqués… Qui peut être contre ? Mais le financement de ces mesures dont la première dépasse à elle seule sûrement les 30 Milliards par an n’est aucunement précisé, sauf en évoquant une hausse des cotisations sociales. La France est déjà endettée lourdement après les mesures fiscales de type suppression de l’ISF, la crise sanitaire et son « quoi qu’il en coûte » sans compter les conséquences du conflit ukrainien. Le financement des mesures programmées par la NUPES ne pourra se faire qu’en s’endettant encore plus ou en comptant sur une inflation qui entame déjà gravement le pouvoir d’achat et touche en premier les foyers modestes.

J’ai été, suis encore et serai clairement un adversaire du Président Macron et de ses complices. Pour autant, même si je souhaite de profondes réformes pour plus de justice fiscale et sociale, moins d’inégalités et plus de solidarités en France (et dans cette Europe mal ficelée…), même si la protection de l’environnement ne peut être négligée au profit des profits de certains, je ne me résoudrais pas à entrainer des millions de français dans l’idée que l’on peut subitement accéder à une société qui coche toutes les cases d’un programme idéal voire idéaliste, construit sans financement responsable.

Le Parti Socialiste a sans doute trop cédé aux injonctions concernant la réduction des dépenses publiques. J’y ai aussi pris ma part et en ai tiré les conclusions. Plus que la loi travail et le projet de déchéance de nationalité pour les binationaux auteurs de crimes terroristes, c’est à coup sûr la raison principale du désaveu des français à son égard. Mais l’excès inverse est au moins aussi dangereux, pour la stabilité de nos finances. Les charges glissées sous le tapis et reportées sur les générations futures ne sont pas une pratique acceptable. Indépendamment des questions de susceptibilité, de suprématie et d’égos qu’il faut savoir dépasser, je fais donc le choix de soutenir dès le premier tour la candidature De Francis Herbays, un homme de gauche connu pour sa bienveillance active, sa disponibilité pour les projets du Pays-Haut et son engagement sans faille au service des autres dans la 3° circonscription de Meurthe et Moselle.

 

 

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H
Bravo Christian, je me retrouve totalement dans ton analyse et ta conclusion.<br /> La solution aurait été de designer Francis Herbays comme seul candidat de la NUPES!!<br /> Cette décision aurait assurée une adhésion sans réticences de tous les électeurs de gauche.
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P
Bonjour Monsieur Eckert<br /> J'apprécie vos analyses mais je ne vous suis pas dans votre choix pour les législatives. Certes le programme NUPES, coté LFI, comporte des ambitions inaccessibles et non financées. Mais aligner trois candidatures de gauche sur ce scrutin, c'est manifestement un suicide politique collectif.<br /> Je ne suis pas plus rassuré par le programme du nouveau parti "Renaissance". Pour juger de l'intérieur des hommes et en particulier des Princes, il ne faut s'en tenir qu'aux résultats (vous aurez compris que cette phrase n'est pas de mois mais remonte à 1532). Or quels sont les résultats du quinquennat écoulé sur des sujets majeurs, trop peu évoqués :<br /> - Commerce extérieur : déficit abyssal de 100 milliards d'euros, financé en majeure partie par l'Allemagne dont nous sommes de plus en plus dépendants.<br /> - Budgets publics : en déficit chronique là aussi et je ne vois aucune mesure susceptible d'inverser la tendance significativement et durablement<br /> - Chômage : on se paie de mots et laissant croire à ceux qui ne consultent pas les statistiques qu'une légère baisse de la catégorie A est une grande victoire...<br /> Quelle solution me direz vous ?<br /> Le point le plus urgent est le commerce extérieur car ce déficit menace à terme la souveraineté de la France. Qui aura le courage de geler la masse salariale du secteur privé et du secteur public pendant la durée du quinquennat pour retrouver la compétitivité indispensable ? Impossible me direz vous ? Certes car il serait insupportable de ne pas augmenter les bas salaires et les revenus minima. Mais comment faire alors ? Ne pas augmenter la pression fiscale en général, mais distribuer les revenus de façon plus juste au départ, en agissant à la source sur les grilles de salaires autour des salaires médians : moins de revenus pour les plus hauts et plus de revenus pour les plus bas sans augmentation globale des revenus distribués, plus d'autres mesures de justice fiscale telles que la suppression du plafond des cotisations de sécurité sociale, la suppression de la flat tax, la fusion de l'IRPP et de la CSG, le rétablissement de l'imposition des actifs financiers, la taxation dissuasive de tous les opérations financières purement spéculatives, le retour à l'Etat des services publics privatisés, autoroutes, distribution de l'eau, des sources d'énergie, ....<br /> Si vous augmentez le smic sans réduire d'autres revenus, vous obtiendrez mécaniquement le creusement plus important du déficit commercial. <br /> Que fera la future majorité que vous contribuez à faire élire en alignant trois candidats de gauche : gérer les déficits publics par l'inflation, ce qui a déjà été fait dans le passé et pénalise, vous le savez, les plus démunis.<br /> Cordiales salutations.
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R
La compétition électorale suppose de réunir des forces pour une PRATIQUE gagnante irréductible à des analyses THEORIQUES y compris pertinentes comme la vôtre ;pour ne pas subir le projet Macron que vous analysez bien la solution de rejeter des millions de français dans l'extrême droite et des millions d'autres dans un gouffre économique sans avenir me semble TROP IDEALE .Soutenir un candidat qui n'est ni porté par un des trois blocs ni partisan de l'abstention est une IDEE qui se fracassera sur le mur de la PRATIQUE électorale.La retraite à 60 ans POUR TOUS DANS UN SEUL PAYS est une IDEE pour réunir des suffrages aux élections pas pour être mise en PRATIQUE ou bien seulement le temps d'opérer le tournant de la rigueur.
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P
Quelle déception !<br /> Juste une observation tout de même : Comment pouvez vous dire que le programme de l'Avenir en Commun n'est pas chiffré ? Il l'est. Complètement. Et parfaitement équilibré. De nombreux économistes de renom l'ont confirmé.<br /> Au final, vous souhaitez donc la poursuite de la casse sociale de notre pays.<br /> Le PS est définitivement mort.
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C
Où voyez vous un chiffrage ? Quels économistes de renom l'ont fait ? De quelle recette dispose-t-on ? Soyez sérieux et pas sectaire.<br />
S
Christian, on reconnaît dans ton analyse celle d'un homme intelligent habitué à l'exercice et ayant conservé des réflexes...Cependant à un moment, il faut faire preuve de pragmatisme sans pour autant renier ses convictions et à ce sujet je partage l'avis de Vismes Luc. Même si MR Herbays mérite des suffrages ce serait encore faire le jeu de Macron en se dispersant. La NUPES est l'aboutissement d'un consensus qui peut faire la différence et satisfaire la gauche, celle d'avant Hollande.
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C
Sylvain,<br /> Mes plus grandes déceptions ont été de ne pas pouvoir tenir mes engagements. Le programme n'est absolument pas financé. Alors, peut-on risquer les impasses ?