La dette perpétuelle ? Cela existe en fait déjà....
En janvier 2017, j’écrivais un article sur ce blog intitulé « La dette publique… pour les nuls ». Notre pays traverse des circonstances exceptionnelles qui conduisent à l’explosion de la dette française. Certains évoquent alors l’idée de créer une dette perpétuelle… Une dette qu’on ne rembourse jamais, et pour laquelle on sert à vie des intérêts aux créanciers. Une lecture attentive de mon post (un peu réactualisé) ci-dessous permettra de mieux comprendre que le concept existe déjà… L’essentiel des prêts de l’Etat est constitué de prêts remboursables in fine. A leur échéance, nous les remboursons en fait en réempruntant le même montant. Par itération, on a en fait une dette quasi-perpétuelle !
De quoi est constituée la dette publique ? :
De plusieurs composantes : la dette de l'Etat, la dette de la sécurité sociale, le dette des collectivités locales, la dette d'autres organismes (Unédic, retraites complémentaires, organismes publics ou parapublics....). C’est déjà une première source de débat : chacune des catégories se renvoie la balle :
- - Ainsi, par exemple, lorsque l’Etat décidait d’exonérer les entreprises de cotisations sociales, les règles budgétaires (et les votes du Parlement) contraignaient l’Etat à compenser ces pertes de recettes de la Sécurité Sociale. L’équilibre et la dette de la Sécurité sociale n’étaient donc pas affectés. Les nombreux allègements de cotisations sociales étaient dans le passé entièrement supportés par le budget de l’Etat. Cette règle a cessé d’être appliquée depuis 2 ans par le Gouvernement d’Emmanuel Macron.
- - De même, les collectivités locales affirment à juste titre que l’emprunt leur est interdit pour équilibrer leur section de fonctionnement et que leur endettement doit être systématiquement considéré comme vertueux puisque lié à leurs seuls investissements. C’est là aussi un peu discutable, sachant que l’Etat par ses dotations alimente leurs recettes de fonctionnement et que faute d’économies de dépenses, c’est l’Etat qui s’endette pour elles.
- - L’endettement public englobe aussi des emprunts que l’Etat garantit, certains emprunts souscrits par des organismes contrôlés par l’Etat, dans des considérations si complexes que seuls les énarques (et pas les nuls) font semblant de comprendre. Par exemple il y a régulièrement débat pour savoir si la dette de la SNCF doit être ou non considérée comme de la dette publique, en totalité ou en partie… Les mêmes questions se posent sur les dettes des hôpitaux publics…
Il n’empêche que la dette publique se regarde de façon agglomérée, et que renflouer un des secteurs par un autre ne change rien au total : ainsi, transférer de la dette d’un bloc à un autre (le cas Etat/Sécu étant régulièrement évoqué) ne change pas grand chose à la fin…. Sauf la présentation et les discours, ce qui n'a souvent rien d'anodin...
A combien s’élève la dette publique ? :
Il y a en fait plusieurs façons de l’évaluer, qui donnent lieu à des interprétations différentes.
Naturellement, le premier réflexe est de regarder le volume brut de la dette : fin 2015, l’ensemble de la dette publique s’élevait à 2 100 Milliards d’Euros. L’essentiel (79% soit 1 660 Milliards) était constitué de la dette de l’Etat. Les diverses administrations de Sécurité Sociale en représentaient 10,5% (soit 220 Milliards). Les collectivités locales en portaient 9% soit 200 Milliards.
Remarquons au passage que la dette sociale est 8 fois moins élevée que la dette de l’Etat.
Il est aussi d’usage de rapporter la dette à la richesse nationale, c'est-à-dire au Produit Intérieur Brut (le fameux PIB), censé représenter la richesse produite en un an dans un pays. C’est légitime : un grand pays ayant évidemment en masse une dette plus importante qu’un petit pays, de même que la « richesse » d’un pays autorise une dette plus importante en volume. En France, fin 2015, la dette (2 100 Milliards) représentait 96,2% du PIB (2180 Milliards).
D’autre indicateurs enfin sont possibles et pertinents : certains expriment la dette par habitant (en 2015, en France, cela représente 32 500 Euros par habitant). D’autres l’expriment en comparaison du salaire moyen…. On peut multiplier les critères, sachant que la parité des taux de change complexifie encore un peu plus les comparaisons entre nations.
Fin 2019, la dette publique française s’élevait à 2415 Milliards, c’est dire que les années Macron n’ont en rien freiné son augmentation.
Comment se rembourse la dette publique ? :
C’est là le point clef qu’il faut bien avoir en tête. Les emprunts traditionnels utilisés généralement par les particuliers et les entreprises se remboursent au fil du temps. Périodiquement, l’emprunteur rembourse les intérêts et une partie du capital. Année après année, le capital restant dû baisse et la dette s’éteint après la durée convenue.
C’est complètement différent pour les emprunts de l’Etat. Pour l’essentiel de la dette publique (notamment la part de l’Etat), les emprunts sont remboursables in-fine : Par exemple, si l’Etat emprunte 100 Millions sur dix ans à un taux de 1%, il paiera 1 Million par an (les intérêts), et devra rembourser le capital de 100 Millions en une seule fois dix ans plus tard.
Dans les faits, au bout des dix ans, l’Etat (étant toujours déficitaire), réemprunte 100 Millions pour tenir son échéance ! Dans les faits, la dette de l’Etat ne se rembourse pas. Elle se prolonge et augmente en volume d’autant que tous les ans le déficit nécessite de nouveaux emprunts. Le seul chiffre qui peut baisser c’est la part de la dette dans le PIB, à la condition que le PIB augmente plus vite que la dette !
Ceci n’est pas particulier à la France, et beaucoup de pays du monde fonctionnent ainsi. Il est vrai que si le budget redevient excédentaire, on peut voir la dette baisser en volume en profitant du solde pour rembourser du capital.
Combien coute la dette publique ? :
Beaucoup des emprunteurs publics ne paient tous les ans que les intérêts et remboursent le capital avec un nouvel emprunt lorsqu’il vient à échéance.
Ainsi, en France, le stock de dette publique, autrement dit l’ensemble des capitaux empruntés par le pays, est passé entre fin 2007 et fin 2019, de 1 252,9 milliards d’euros à 2 415,1 milliards d’euros. Quasiment le double.... Mais, parallèlement, la « charge de la dette », ce que coûte la dette française au budget chaque année est resté relativement stable passant de 43 à 42 milliards d’euros par an sur la même période. Grâce au taux bas, on a donc pu s’endetter sans que son coût n’augmente.
Pour comparer, le budget de la Défense est de l’ordre de 37.5 Milliards et celui de l’Education dépasse les 50 Milliards
Qui sont nos créanciers ? :
Ils sont difficiles à connaître précisément, car les titres de créances s’achètent et se vendent à tout moment et se mélangent dans des fonds mixant divers produits financiers !
On estime néanmoins qu’entre 50 et 60 % de nos créanciers sont étrangers et que le solde est détenu dans de l’assurance-vie et dans des OPCVM français.
Comment a évolué la dette publique ces dernières années ? :
Entre 207 et 2012 (Présidence Sarkozy), la dette publique a augmenté de 25 points de PIB, soit 616 Milliards.
Entre 2012 et 2017 (Présidence Hollande), elle devait augmenter de 6 points de PIB, c'est-à-dire 4 fois moins vite ! C’est essentiellement parce que les déficits de l’Etat et de la Sécurité Sociale se sont réduits.
La dette de la Sécurité Sociale a commencé à diminuer et devait (avant la crise du Covid 19), s’éteindre en 2024.
Les évènements actuels laissent présager une augmentation brutale de plus de 200 Milliards en 2020 en France ! L’Europe serait bien inspirée de se décider enfin à mutualiser le portage des emprunts nécessaires à réparer les dégâts que tous ont subi pour cause de pandémie. L'Europe a là une opportunité de donner (enfin) un sens au mot solidarité. Le Président Macron, que je n'ai pas l'habitude d'encenser, a raison de demander un financement solidaire du plan de relance massif en cours d'élaboration.
La CADES vivra plus longtemps... C'est nécessaire mais sa disparition aurait fait des heureux !
Le Gouvernement annonce avec force vouloir transférer à la CADES (Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale dont j’ai souvent parlé sur ce blog…) une masse importante de dettes : plus de 130 Milliards d’Euros !
Ce paquet est assez hétéroclite : il y aurait des dettes passées, présentes et futures. Curieux amalgame. Pour le passé, les 10 Milliards de dettes des hôpitaux repris par l’Etat et les besoins de financement des caisses de l’ACOSS (Agence centrale des organismes de sécurité sociale). Pour le présent, la dette colossale de la Sécu prévue pour 2020 (plus de 40 Milliards). Mais curieusement, on reporte même les futures dettes de la Sécu dont l’ampleur est pour le moins inconnue à ce stade ! Sont ainsi comptés à la louche les dettes de 2021 et de 2022….
Cette manipulation comptable n’a rien de condamnable pour autant. Il faut la prendre pour ce qu’elle est… Ni plus, ni moins : sanctuariser des dettes et par là même sanctuariser les dépenses servant à les rembourser. Isoler ces opérations dans un organisme doté de recettes (CRDS, un bout de CSG…) calibrées pour que tout soit soldé en… 2033 ! En matière budgétaire, il n’y a pas de miracle. Les déficits sont générateurs de dettes et quel que soit l’endroit où on les range, les dettes doivent se rembourser…
Sans cette nouvelle opération, les dettes du passé auraient été remboursées en 2024 et les recettes de la CADES (autour de 20 Milliards en 2024) seraient devenues entièrement disponibles… Le virus est passé par là et le Gouvernement se donne de l’air, au moins en apparence. En remodelant le planning ET le volume, il arrange la durée pour que les annuités libèrent 2 Milliards de CSG pour les consacrer à la dépendance chaque année. Il n’y a pas là non plus de miracle, pas d’argent « frais », mais de l’argent rendu facile par un endettement augmenté considérablement et rallongé.
J’approuve bien entendu le fléchage de 2 Milliards par an pour la dépendance. J’avais d’ailleurs pour ma part préconisé un petit allongement de la durée de vie de la CADES pour financer immédiatement les besoins recensés dans le rapport Libault.
Mais attention à ne pas se tromper d’analyse : mélanger passé, présent et avenir rend confus la manœuvre. Cette confusion est amplifiée par l’amalgame entre deux sujets distincts : les déficits engendrés par la crise sanitaire et les besoins liés au vieillissement et à la dépendance.
Sans doute une façon de décliner le « en même temps »…
ISF et flat-tax... Le débat réouvert ?
La crise sanitaire et les chamboulements budgétaires qu’elle impose rouvrent des débats que même les gilets jaunes n’avaient qu’à peine écorché…
Les deux grandes premières décisions fiscales du quinquennat Macron ont été la suppression de l’ISF et la mise en en place de la flat-tax sur les revenus du capital.
Plus précisément :
- L’ISF a été de façon stupide, remplacé par l’IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière). Par conséquent, l’argent qui dort (assurance-vie, obligations, liquidités…) n’est plus imposé. Ce qui incite à le laisser dormir, contrairement à l'objectif affiché par le Président !
- La mise en place de la flat-tax a fait sauter la plus juste des dispositions fiscales du quinquennat de François Hollande : depuis 2012, les revenus du patrimoine (dividendes, intérêts, plus-values…), étaient assujettis aux mêmes cotisations et impôts que les revenus du travail (salaires…). En supprimant ça, LREM a allégé considérablement l'impôt des fruits du capital.
Ces deux décisions ont fait le bonheur d’une toute petite minorité de français. Au total, ceux-ci ont ainsi évité de payer plus de 5 Milliards d’Euros à l’Etat et à la Sécurité Sociale ! L’utilité économique est loin d’être évidente. L’impact budgétaire est manifeste.
Les éléments de langage diffusés par LREM feraient rire si le sujet n’était pas aussi grave : « les montants en cause seraient faibles et pas à la hauteur des enjeux… ». Quand on supprime l’ISF, l’effet sur l’économie (le PIB est de plus de 2 300 Milliards…) est qualifié de décisif. « En même temps », l’impact sur le budget de l’Etat (300 Milliards…) de la suppression de la même somme serait dérisoire…
Un « monde d’Après » est à construire. Mais reprendre dans celui « d’Avant » les quelques éléments d’équité et de justice existants n’aurait rien de honteux.
Après tout, le virus a sans doute eu la peau de la réforme des retraites et peut-être de celle de l'Assurance chômage. Alors... Président, encore un pas en arrière !
"Quoiqu'il en coûte", oui ! Mais pas pour préserver les intérêts particuliers...
Chaque fois que les circonstances bousculent les entreprises, les yeux se tournent vers l’État Providence…. Même les économistes les plus libéraux, même les organisations patronales les plus anti-étatiques et même Les Echos et BFM business implorent la puissance publique de venir sauver les entreprises du naufrage annoncé.
Quitte à surprendre ceux qui me connaissent, je ne considère pas cela anormal : c’est le rôle de l’État de venir au secours des fragiles. S’agissant des personnes et des familles, certains parlent vite d’assistanat… S’agissant des entreprises, on met en avant la préservation de l’emploi et le pari sur l’avenir. Comme si les familles fragiles pouvaient souffrir et mourir dans l’indifférence générale alors que perdre une entreprise obérait l’avenir à jamais…. Mais ce n’est pas le débat du jour.
Je considère donc qu’effectivement l’État se doit de protéger les entreprises et de faire en sorte qu’elles traversent cette passe terriblement difficile pour repartir une fois la pandémie jugulée. La question n’est pas de savoir à quel prix. Peu habitué à soutenir l’actuel Président, je concède qu’il a eu raison d’utiliser la formule « quoiqu’il en coûte ». La question est surtout de savoir comment.
Je conditionnerais le soutien aux entreprises à deux règles principales :
- La première est qu’elle prenne la forme d’une entrée au capital. Il est anormal de prêter sans garantie de retour à bonne fortune. J’ose espérer que les entreprises que l’État va contribuer à pérenniser redeviendront profitables pour la plupart d’entre elles. La prise de participation de L’État pourra alors générer des rentrées d’argent ou permettre des plus-values de cessions des titres acquis au plus fort de la tempête.
- La seconde est d’exiger des contreparties en matière de politique industrielle. (Cela peut d’ailleurs mieux se faire en respectant la première des conditions énoncées ici). Beaucoup souhaitent à l’occasion du cataclysme lié au virus, utiliser la rupture provoquée pour redonner à notre économie des vertus un temps oubliées : prise en compte des priorités environnementales, fin du nomadisme industriel guidé par la seule rentabilité, respect de l’éthique fiscale appuyée sur la complaisance de certains paradis fiscaux pas forcément exotiques, meilleure répartition des résultats financiers en limitant les dividendes.
Si dans le discours on entend quelques éléments encourageants, les faits ne confirment pas ces engagements verbaux : le MEDEF demande la fin des normes environnementale et réclame plus de liberté, le Gouvernement n’inscrit pas dans la loi l’obligation de comportements vertueux… Et surtout, les premiers exemples (Air France, Renault…) montrent que L’État va essentiellement prêter ou garantir des prêts plutôt que de prendre des participations à hauteur de ses engagements financiers.
« Quoiqu’il en coûte », oui ! Mais au profit de tous, de l’intérêt général, et pas pour préserver les intérêts particuliers. Faute de prendre en compte ces remarques, les gilets jaunes pourraient bien reprendre force et vigueur une fois la pandémie jugulée.
Les dépenses de santé sont-elles négociables ?
Des chiffres :
Le Produit Intérieur de la France (PIB) est la richesse produite dans notre pays en une année : environ 2 300 Milliards d’Euros
Les dépenses courantes de santé en France sont de l’ordre de 270 Milliards d’Euros.
La France consacre donc tous les ans quasiment 12% de sa richesse à la santé. C’est 5 points de moins que les États Unis, à peine moins que la Suisse, et bien plus que tous les autres pays de l’OCDE.
Mon propos est ici de souligner de façon simple et non polémique les évolutions constatées ces dernières années et qui devraient se poursuivre dans les années à venir.
De façon très factuelle, trois constats semblent devoir être partagés :
- La population française augmente de 0,3% tous les ans. C’est essentiellement la conséquence d’un taux de natalité soutenu (1,9%). Le solde migratoire ne représente en fait qu’un quart des 200 000 français supplémentaires d’une année à l’autre.
- La durée de vie des français augmente. Au cours des 60 dernières années, les hommes comme les femmes ont gagné 14 ans d’espérance de vie en moyenne. Les dépenses de santé augmentent évidemment avec l’âge.
- Les progrès de la médecine génèrent des coûts sans cesse plus élevés. Les exemples pullulent, parmi les médicaments comme pour les technologies mises en œuvre.
Pour ces trois raisons que nul ne conteste, toutes choses égales par ailleurs, les dépenses de santé augmentent spontanément de 3,5% par an. Si on rembourse de la même façon, si on garde les structures hospitalières inchangées, si les pratiques continuent comme avant, l’évolution des dépenses de santé sera environ deux fois plus rapide que l’évolution de nos richesses (de notre PIB).
Depuis une dizaine d’année, tous les gouvernements ont donc pris des mesures d’économies pour contenir l’augmentation des dépenses de santé et l’aligner sur la croissance du PIB (franchises, génériques, suppressions de personnels, numérus clausus, limitation des prises en charges…). Les difficultés des patients et des personnels soignants trouvent ici en grande partie leur origine. En 10 ans, les dépenses de santé sont passées de 11,1% du PIB à 11,8%, soit une augmentation plutôt contenue. Mais une économie tout de même. Plus d'économie déstabilise le système.
Notre pays doit en fait réfléchir sur ces questions de façon responsable, scientifique et humaniste. Faire toujours plus d'économies, augmenter les cotisations, les impôts ou TVA, laisser le champ libre à l'assurance privée, il faudra faire des choix.
J'écrivais le post ci-dessus en aout dernier, eu égard aux mouvements sociaux des personnels soignants.
Au moment où certains s'interrogent (légitimement) sur le dimensionnement de notre système de soins face à la crise sanitaire due au Covid-19, ce propos reste d'une acuité brulante.
J'avoue que le Secrétaire d’État au Budget que j'ai été s'interroge souvent sur sa responsabilité personnelle dans le manque de capacité hospitalière qui semble se dessiner aujourd'hui...
La lecture d'un article du Monde qui dresse le portrait de Jérôme Salomon, l'actuel Directeur Général de la Santé est édifiante, même si la réalité ne rassure pas :
"Les chercheurs, les budgétaires de Bercy, lui-même (Jérôme Salomon) savent parfaitement que nombre d’épidémies antérieures n’ont pas été aussi terribles que prévu. Il peut les énoncer sans fin.
Dans les années 1990, les Britanniques avaient ainsi évalué à près de 200 000 le nombre de cas potentiels de transmission de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (la « vache folle ») de l’animal à l’homme. Pour finir, il y a eu moins de 200 cas dans le monde. En 2003, l’épidémie de SRAS, venue de Chine, n’a pratiquement pas eu d’effet en Europe.
L’épidémie de grippe A (H1N1), en 2009 ? La France en a surtout retenu l’achat par la ministre de la santé de l’époque, Roselyne Bachelot, de 94 millions de doses de vaccins pour 712 millions d’euros. Une politique de prévention trop précautionneuse (moins de 8 % des Français se sont fait vacciner), qui a valu à Mme Bachelot d’être non seulement moquée, mais aussi assignée en justice, épinglée par la Cour des Comptes et auditionnée par des commissions d’enquête parlementaires.
Le virus Ebola, qu’on imaginait déjà en 2013 déferler en France depuis les foyers d’immigrés africains, est resté confiné à l’Afrique anglophone. Et si le Covid-19 allait lui aussi rester cantonné à l’Asie et épargner l’Europe ?"
En matière d'économies budgétaires, rien n'est plus difficile que de "passer au tamis" les dépenses de santé. J'ai de multiples exemples en tête (appareils contre l'apnée du sommeil largement inutilisés, transports sanitaires souvent facilement remboursés, médicaments anti-cancéreux hors de prix d'une efficacité très limitée....). Mais aucun argument financier ne sera audible par un proche du patient concerné !
La Cour des comptes, certains journalistes et quelques parlementaires influents sont souvent prompts à pointer l'inaction des Ministres et l'inflation des dépenses.... Mais la réduction d'un stock de masques dont l'utilisation était hautement improbable sera sans doute aujourd'hui dénoncée comme une imprévoyance majeure passible de poursuites pénales....
A l'heure où la croissance semble plombée lourdement (elle était déjà bien modeste avant la crise sanitaire), la place des dépenses de santé devra être l'objet d'un débat national profond. Au delà des poncifs faciles trop souvent répandus une fois que l'improbable se réalise.
Peut-on débattre de tout ? Oui, mais pas n'importe comment....
Faut-il débattre en période de crise sanitaire ?
Le discours général consiste à prôner l’union nationale qui serait gage de force et de réussite plutôt que de relever des différences d’opinion qui ne seraient que source de fragilités et de faiblesses.
Avec quelques restrictions, ma préférence va vers le dialogue, voire la confrontation et l’échange :
- Il ne faut pas pour autant disperser notre énergie : parler du passé et des causes profondes viendra en son temps. Passer des heures à ressasser l’impréparation, le désarmement des hôpitaux, le maintien des municipales, ou la communication hiératique des premières semaines est à ce stade inutile. Encore une fois le temps des analyses rétrospectives sera indispensable. Mais il est prématuré car il occulte les urgences et ne se passe pas avec le recul et la sérénité nécessaires.
- Il ne faut pas non plus aborder tous les thèmes de front : La seule priorité doit être la préservation des vies humaines. Lui opposer la nécessité de sauver quelque peu la croissance économique ou de préserver quelque vertu budgétaire est une faute grave. La tentation de poursuivre plusieurs objectifs « en même temps » a été me semble-t-il, source des errements des premières semaines de cette crise.
- Il ne faut pas enfin tenter de faire de cette situation un motif de remise en cause immédiate et radicale de nos représentants ou de nos institutions. Outre la modestie et l’humilité à manifester face à des situations complexes et inédites, chaque observateur doit accorder aux décideurs un minimum de confiance. Dans notre pays, les « autorités » en place sont légitimes, certes dans des circonstances variables, mais personne ne s’est imposé par la force. Et c’est un opposant farouche de la première heure au pouvoir actuel qui l’affirme.
Avec ces précautions, je crois à la vertu du dialogue sur la situation et les options qui s’offrent à nous :
- Le débat est facilité par la rapidité et la richesse des nouvelles qui circulent. Bien sûr, il faut veiller à avoir la prudence qui convient – et c’est loin d’être une nouveauté – pour piocher et vérifier les informations disponibles. Mais la fluidité des échanges est avérée aussi dans le sens inverse : les remarques et informations de chacun peuvent résonner sur les réseaux et influer aussi sur les décisions du moment. Par exemple, le report de l’élection des maires décidé hier est sûrement beaucoup venu d’une mobilisation venue « d’en bas ».
- Le débat est aussi une façon de fédérer. Lorsqu’une décision est « plaquée » sans possibilité d’en parler, d’en apprécier les points forts comme les fragilités, elle peine à s’imposer et à s’appliquer. Si la population ne peut du jour au lendemain se transformer en congrès d’épidémiologistes, elle peut pour autant trouver l’intelligence nécessaire à mieux comprendre les options possibles et accepter celle retenue. Avec pédagogie, humilité et en soulignant les difficultés à trancher, on peut faire partager des choix et même parfois justifier des « changements de pied ». Les exemples foisonnent : utilisation de la chloroquine, fermeture des frontières, durée et conditions du cloisonnement…
La maturité de notre peuple doit être aujourd’hui regardée à l’aune de sa capacité à vivre ensemble le dialogue qui peut parfois donner l’image du désordre et l’organisation rationnelle indispensable pour gérer la diversité de la situation.
Alors parlons, respectons et agissons avec à l’esprit ces quelques principes de bon sens.
Elections municipales : ils n'ont pas tous gagné !
Beaucoup doivent se souvenir de l’émission de Jacques Martin, l’Ecole des fans, où régulièrement on proclamait vainqueurs tous les candidats sans exception !
Les lendemains d’élection ressemblent souvent à cela. Chacun souligne sa victoire…
J’aime beaucoup ces soirées là et les lundis matin qui suivent : j’y examine tous les résultats et la curiosité est grande pour moi car, avec le temps, je connais bien des territoires et souvent les protagonistes des joutes électorales.
J’ose ici porter un regard que j’essaie de garder impartial sur les résultats que j’ai scrutés depuis hier soir.
Dans ma ville, à Trieux, les résultats sont clairs. La liste que je soutenais a perdu, nettement. Prenons du temps pour en examiner les causes.
En Lorraine, mes amis socialistes résistent très bien. Localement, les sortants sont réélus (René Thiry, Daniel Matergia, Francis Herbays, Christian Lombard…). A Villerupt, la liste d’union que le PS a soutenue gagne (de justesse). A Longwy, Jean Marc Fournel fait un très bon premier tour. A Briey, la liste de Gauche est bien placée, mieux qu’attendu. A Thionville, Bertrand Mertz fait mieux que prévu et surtout, Nancy ouvre ses bras à Mathieu Klein, même si le second tour reste à faire. Quelques surprises renversent des bastions d’extrême gauche (Piennes et Longlaville).
Cette bonne tenue des sortants socialistes est vérifiée dans le pays : Paris, Nantes, Rennes, Dijon, Le Mans, Brest … Ceux qui nous disaient morts devront revoir leur diagnostic.
L’OPA de LREM échoue presque partout : Bordeaux, Marseille, Lyon, METZ, Montpellier… Edouard Philippe est empêtré au Havre et Liogier à Metz est laminé.
Souvent les verts sont en bonne position. A l’évidence le lien Verts-Gauche pourrait faire de belles victoires… Comme à Nancy et Metz par exemple.
La droite classique garde ses positions en général, et le RN les confirme sans en gagner d’autres.
En résumé : même si les clivages et les étiquettes se sont effacées avec Macron, on sent poindre un retour encore timide de différentiation éminemment politique. L’échec patent de LREM y contribue. Je m'en réjouis...
Je ne m’exprime pas sur l’hypothèse d’annulation du second tour. Les choses sont graves. Je ne veux pas polémiquer. Je dirais ce que j’en pense après l’épidémie… Si j’en réchappe !
Faut-il avoir honte de faire de la politique ?
Sans surprise, les élections municipales voient maintenant s’affronter des listes « citoyennes », « apolitiques », « de rassemblement », « ouvertes », « républicaines », « d’union », « d’intérêt local » …
Les logos ont presque partout disparu et les mots Gauche et Droite sont devenus tabous.
Les candidats ont presque honte de se dire investis, soutenus, désignés ou représentants d’un parti politique, LREM compris !
J'imagine, s'ils nous voient de la haut, l'étonnement et sans doute la colère des Maires qui m'ont précédé dans ma commune où les luttes sociales, politiques et syndicales ont guidé la vie municipale. Les candidats devenus aujourd'hui apolitiques revendiquent pourtant souvent leur héritage...
On nous avait prédit une absence de candidats, mais nombreux sont les exemples où ils se bousculent…
On cherche à les différencier. C’est de plus en plus difficile : presque tous sont convertis à l’écologie. Celle-ci est à elle seule un programme de gestion municipale. Les services publics, l’éducation, la sécurité, la justice sociale, le sport, la fiscalité locale, l’économie et le commerce ne sont presque plus des enjeux.
Les listes se constituent donc autour de réseaux d’amis, de connaissances ou de relations, qui jurent tous n’avoir aucun intérêt particulier et aucune ambition. Beaucoup revendiquent inexpérience et compétence. Si ce n’est pas incompatible, cela n’a rien d’évident non plus. L’expérience semble d’ailleurs devenue un handicap.
Tous se retrouveront, une fois élus, face à de nombreux « troisièmes tours » : dans les métropoles, les communautés de communes ou d’agglomération, dans les syndicats intercommunaux… On ne sait comment ils s’y organiseront, pour coordonner des exécutifs, assurer la gestion et construire l’avenir. C’est pourtant de plus en plus à ce niveau que les décisions se prennent.
Ces évolutions de notre vie publique ont sans doute bien des avantages : Elles ont dépoussiéré le fonctionnement de certaines institutions. Elles ont assuré aussi le renouvellement de bien des idées, au-delà du renouvellement des personnes. Elles ont contraint les partis à être autre chose que des écuries constituées pour pousser à l’avènement d’individus. Le principe d’avoir une vision environnementale transversale ne peut qu’être salué sans retenue.
Attention pourtant à ne pas oublier que le débat politique est nécessaire. Ses lieux, ses formes et ses usages étaient certainement trop figés. Il n’avait pas suffisamment accompagné les changements de nos sociétés. La défiance légitime envers les acteurs, engendrée par des dérapages de personnalités politiques s’est naturellement étendue à la politique en général.
Mais les excès sont néfastes. Ne pourrait-on faire de tout cela une opportunité pour réhabiliter certains principes chers à la France : débattre, choisir, évaluer, redébattre… Pour fonctionner, la République et la démocratie ont besoin de structuration des idées. Le chaos aussi bien que l’uniformité sont aussi malsains l’un que l’autre.
Faire de la politique, c’est réfléchir et travailler sur la vie de la cité. Le faire ensemble avec humilité personnelle et ambition collective peut être source de progrès. A bien y regarder, globalement, jusque-là, même avec quelques accrocs, cela n’a pas si mal fonctionné.
Les excès de peur comme d'insouciance nuisent au débat des retraites...
« De 2018 à 2030, notre système de retraites pourrait enregistrer une dette – ou un « déficit cumulé » – de 113 milliards d’euros »…
Ce passage extrait d’un article de presse est censé trouver son origine dans un document remis à la fameuse conférence de financement qui reprend ses travaux. La communication est habile, anxiogène, mais ne résiste pas à la confrontation à la réalité.
Tout d’abord, ce chiffre est établi avec beaucoup d’approximations, qui plus est sur une durée assez longue qui commande l’humilité nécessaire. D’après l’un des auteurs du rapport du COR (Conseil d’Orientation des Retraites) que j’ai rencontré et d’après des économistes réputés qui l’ont confirmé à la presse, le chiffre de 12 Milliards par an fixé par le Premier Ministre comme objectif est une simple moyenne entre des scénarios très différents et complexes qu’il est difficile de décrire ici par le menu… Les 113 Milliards évoqués ici procèdent semble-t-il de la même méthode peu rigoureuse.
De plus, le Gouvernement a sciemment remis en déficit depuis 2 ans notre système de retraites. Il l’assume et ne compense plus (pour quasiment 5 Milliards PAR AN) les exonérations de cotisation sociales décidées par L’État et désormais supportées par la Sécurité Sociale. Les déclarations sur ce point du Ministre Darmanin sont claires et se trouvent partout !
En cumulant sur une douzaine d’année ces déficits imposés à la Sécu, en les actualisant, on explique déjà plus de la moitié du montant de 113 Milliards destiné à mettre la pression sur les organisations syndicales et l’opinion.
Enfin, la fin du remboursement de la CADES (Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale) prévue pour 2024 dégagera à elle seule 18 Milliards d’Euros par an AU MOINS et TOUS LES ANS à partir de 2024. En 6 ans, c’est donc quasiment autant que le pseudo-déficit cumulé annoncé qui est mobilisable.
On pourrait encore évoquer les 32 Milliards du Fonds de Réserve des Retraites, qui semblent devoir être congelés pour l’éternité. On pourrait encore évoquer la baisse des recettes liées aux hautes rémunérations ou encore de celles liées aux fonctions publiques qui peut être enrayée… L'enfer de la Sécu n'est pas pavé que de mauvaises nouvelles et l'âge pivot ne s'impose pas.
Le Premier Ministre a raison de se pencher sur l’équilibre d’un système qui concerne 14% de notre Produit Intérieur Brut. Il serait quand même rigoureux et intellectuellement honnête de le faire avec tous les paramètres, après expertises partagées et arbitrages. Voter la loi à l’aveugle comme l’envisage le Gouvernement parait pour le moins inconvenant sinon inconstitutionnel.
Indemnités des élus locaux... Les mensonges des élus de ma commune...
Mal à l'aise lorsqu'on parle de leur façon de se servir en indemnités d'élus, les membres de la majorité actuelle du Conseil Municipal de Trieux (2 500h) écrivent des mensonges :
Ils affirment : « les montants de ces indemnités sont fixés selon le nombre d'habitants ». C'est FAUX ! La loi ne fixe qu’un MAXIMUM pour chaque poste. Elle impose aussi un MAXIMUM à respecter pour le total des indemnités. C'est LE CONSEIL MUNICIPAL qui vote les indemnités. Depuis l’élection de Monsieur Kociak, les dépenses d'indemnités ont explosé et dépassent aujourd’hui allègrement 50 000 Euros par an.
Ils écrivent concernant leurs prédécesseurs : « Certains ont dû les réduire par obligation car ils cumulaient trop de mandats avec indemnités ». Je suis évidemment visé. Mais là aussi, c’est FAUX. Elu député, j’ai demandé immédiatement au Conseil Municipal de supprimer totalement mes indemnités de maire. Je n’ai eu pendant des années aucune obligation légale de les réduire.
Ils ajoutent comme pour s’excuser : « le maire perçoit 85% de son indemnité ». Ils oublient de dire que, coincé par le plafonnement global, pour satisfaire tous ceux à qui il avait promis des postes rémunérés, Monsieur Kociak a dû rogner son indemnité de 15%. Il lui reste quand même près de 17 000 Euros par an !
Ils parlent de transparence. Mais ils m’ont refusé l’accès à la commission des finances « ouverte » de la commune. Ils ont payé avec l’argent public un audit jamais diffusé. Ils attribuent des marchés de façon discrète et opaque. Ils embauchent hors du cadre légal. Dans leur équipe, on peut cumuler parfois retraite, activité professionnelle et indemnité d’élu(e)…
Encore heureux pour les contribuables que la loi fixe des plafonds !
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