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Blog de Christian Eckert

Plaire ou convaincre : les conditions du débat politique !

23 Octobre 2012 , Rédigé par Christian Eckert

Petite pause après des jours d'une rare intensité. La première partie du Budget 2013 (les recettes) a été approuvée avant-hier par l'Assemblée en première lecture. Après des longs jours (et nuits) de débat, qui nous ont beaucoup mobilisés. Nous travaillons déjà à la suite (les dépenses et les articles "non-rattachés")...

 

J'ai apprécié les remerciements de Jérôme Cahuzac à mon adresse lors du vote, et la belle salve d'applaudissement des députés de Gauche qui ont ainsi reconnu peut être la qualité de ce travail, et à coup sûr son intensité. Pour ma part, je me dois de remercier l'équipe des administrateurs de l'Assemblée à mon service, disponible et performante à un point que personne n'imagine. J'ai aussi été aidé par la présence continue des députés du groupe, toujours là dans les moments importants. Jérôme Cahuzac a été exceptionnel dans tous ces débats, et les relais pris ponctuellement par Pierre Moscovici ont été parfaits. La presse m'a fait beaucoup de place : Pas mal de radios, à des heures de grande écoute parfois, des télés dont une belle émission sur ARTE, et deux portraits remarqués dans "Les Echos" et le "Monde"...

 

Ces dernières semaines m'ont aussi donné l'occasion de voir plusieurs fois Jean Marc Ayrault, pour ce que nous appelons des réunions "d'arbitrage". Il est toujours aussi à l'écoûte et son travail trop souvent décrié force mon admiration. C'est un homme de coeur, de conviction et d'une loyauté inaltérable. Nous avons la chance de l'avoir comme Premier Ministre, surtout dans la situation difficile que nous a laissée nos prédécesseurs. Ceux là feraient bien, compte-tenu de ce qu'ils ont fait depuis 10 ans, de garder un peu de réserve dans leur comportement.

 

C'est pour moi l'occasion de m'interroger sur une question qui doit retenir notre attention, pour ne pas dire notre vigilance : Plaire ou convaincre ?

 

Le formidable développement de l'information, en continu, omniprésente, attrayante, stigmatisante, incite beaucoup les élus qui se savent aussi futur-candidats, plus à séduire qu'à chercher l'adhésion. Nos comportements, hommes publics que nous sommes, en sont souvent transformés. Loin de m'exclure du champ des coupables, je veux ici en citer quelques aspects :

 

  • - La recherche de la formule et de la carricature : la brièveté des sequences diffusées et leur nombre incitent à trouver la formule choc (du style "un bon joint plutôt qu'un bon point"...) dont on sait qu'elle sera reprise. Les choses de la politique comme celles de la vie ne se résument poutant que rarement en une formule.

 

  • - La recherche de la dissidence contre son camp : celui qui intervient à rebours de la position majoritaire de son groupe a souvent plus d'écho médiatique que celui qui reste dans la normalité et la discipline de groupe, pourtant utile dans notre système majoritaire.

 

  • - La recherche des révélations et des "scoops" : dire confidentiellement (!) à un communicant ce qui s'est raconté lors d'une réunion discrète est le gage d'une reprise par les journalistes. Il est pourtant des débats qui méritent de rester confidentiels tant la diversité d'opinion est de nos jours perçue (trop) négativement.

    

  • - La recherche du "billard à trois bandes" : les fuites organisées pour saboter une mesure ou lancer un ballon d'essai engendrent la confusion : que penser par exemple aujourd'hui du rapport Gallois, qu'on nous reproche d'avoir enterré alors même que son contenu n'est pas connu et le rapport pas encore remis !

 

Le discours politique doit changer pour intégrer les réalités d'aujourd'hui. Pour autant, il ne faut jamais renoncer à notre devoir de conviction. Expliquer, défendre, donner envie, telle est notre mission plutôt que de séduire sur des apparences qui certes, pour un temps peuvent rallier des suffrages d'une grande volatilité...

 

 


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Gérard 31/10/2012 00:32


Quelle journée ! Quel plaisir d'entendre le Premier Ministre , répondre sans détour , avec mesure et talent , aux accusations infondées , d'une opposition qui
se délecte ,décidément à se vautrer lamentablement sur un registre indigne , en reprenant les propos tronqués de journalistes qui ne sont pour beaucoup trop d'entre eux que
de médiocres  vendeurs de "pâte à papier " où dans l'audiovisuel que des coureurs  partisans et sans discernement ,de "sprint" à l'audience,sans aucune
retenue ni déontologie et nous déversent des tonnes d'àneries ( pour ne pas être grossier ) ! Que devient le droit à une Information digne de ce nom ? Pour l'instant c'est
intoxication et désinformation! Cerise sur le gâteau,qu'un ancien Président de l'Assemblée Nationale mêle  sa voix à une telle médiocrité est simplement consternant
! Serait il amnésique ? Cet ancien éminent Personnage du Parlement , nous expliquait il n'y a pas si longtemps les excellents rapports qu'il entretenait,avec le
Président du principal groupe d'opposition d'alors !La "revanchardophilie",serait elle contagieuse ? Est ce là meilleure façon d'illustrer le Dialogue Républicain? Surtout que le souci numéro de
tous ces "soucieux" de l'intérêt du Pays , est de discréditer le Gouvernement ,en s'agitant dans l'hémicycle sans respect sur ton mesquin et guoguenard! Des
bouffons ? Nous ne sommes plus au 18e siècle pour une nouvelle querelle fut-elle de chaises musicales ! La Démocratie exige l'humilité,la reconnaissance de la défaite ! Une
opposition respectable et responsable implique un autre comportement que cet affligeant et pitoyable "spectacle" qu'elle s'amuse à donner ,les Citoyennes et Citoyens de notre Pays
,méritent eux aussi un minimum de respect de la part de Représentants de la Nation ,fussent-ils opposants !!! Qu'ils regardent avec lucidité , la situation désastreuse où ils
ont conduit notre Pays , alors remercions les par avance de mettre une sourdine à la véhémence et un peu plus de modestie ...le débat démocratique pourra reprendre dans
la sérénité,c'est une urgence ,car il s'agit de l'avenir de la France et de la République.


 

seb 29/10/2012 12:51



Bonjour,



*Je ne connais pas Monsieur AYRAULT et me fi donc, en la matière, à votre appréciation. Après, pour ce qui est de sa ligne politique, force m’est de constater que celle-ci diverge régulièrement
du programme pour lequel Monsieur HOLLANDE a été élu et sur lequel les parlementaires du PS se sont appuyés pour proposer leur propre profession de foi (= mandat représentatif).



 *Pour
ce qui est du comportement de vos collègues, je suis complètement d’accord avec vous s’agissant des « petites phrases », qui (au reste) sont de peu d’importance, in fine, lorsqu’un
citoyen doit se prononcer lors d’une élection ou doit se faire un avis sur un(e) projet/proposition de loi. On peut même dire que ces « petites phrases » ont tendance à discréditer ceux
qui en font usage. Il n’y a bien que les journalistes politiques que cela intéresse… !



*Pour ce qui concerne la « dissidence contre son camp », mon avis sera plus nuancé. Autant je suis d’accord avec vous pour dire qu’un élu, qui intervient à rebours de la position
majoritaire de son groupe, simplement pour faire parler de lui ou/et tester le Gouvernement – je songe par ex à ces sénateurs qui contestent la suppression du cumul des mandats, pourtant inscrite
dans le projet socialiste pour 2012 et validée lors des Congrès du PS – devrait s’en abstenir…Autant je trouve légitime qu’un élu, qui s’aperçoit que son groupe souhaite agir à l’inverse du
mandat représentatif qui est le sien, rappelle à ses pairs (et au Gouvernement) leurs engagements, à l’endroit des Français. Et qu’il ne mâche pas, non plus, ses mots, si le Gouvernement présente
des lois inconstitutionnelles ou/et in conventionnelles !  



*La « discipline » – encore que je vois mal pourquoi un élu ne voterait pas une loi bien faite et sanctionnée par son mandat représentatif – peut avoir ses avantages…Dès lors qu’elle ne
sert pas à légitimer la trahison de la profession de foi d’un élu. D’ailleurs, peut être l’avez-vous observé, la plupart des reproches faits (par les Français) a M. AYRAULT concernent…Le respect
des engagements pris. Est-ce si difficile d’appliquer ce pour quoi on a été élu ? Nommé ?



Vos missions sont simples : respecter les engagements que vous avez pris devant les Français. Rien de plus, rien de moins. Et respecter…L’intelligence des Français. Ce que ne font pas
toujours les politiques. Ex avec le TSCG.



Vous avez parfaitement eu raison de dire que le TSCG « complété » ne change rien à l’existant. Le seul avis du Conseil Constitutionnel est là pour en attester. Le « problème »
c’est que M. HOLLANDE avait promis (lui) et ceux qui l’ont soutenu dans sa campagne (dont vous-même) qu’il ferait en sorte de « modifier » le « rôle de la BCE » et de donner à
« l’emploi et à la croissance » une portée juridique forte à même de faire « contrepoids » avec les règlements européens récents, repris dans le TSCG. Il conditionnait toute
ratification du TSCG à ces deux promesses. Qui n’ont pas été tenus puisque, pour être réalisées, il aurait fallu réviser le TUE et le TFUE.



En échange d’un traité – qui a une valeur juridique plus forte que des simples règlements européens – M. HOLLANDE n’a obtenu que des belles paroles (le pacte de croissance est juridiquement aussi
contraignant que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme à l’endroit de la Chine !) alors même qu’il était en mesure (aidé en cela par sa majorité) d’obliger l’Allemagne (qui tient
mordicus au TSCG) à modifier les « objectifs » de l’UE ou/et les « missions » de la BCE. Et c’est cela, clairement, qui lui est reproché : de ne pas avoir essayé de
respecter son mandat. (Nous avions 10 partenaires, en plus, pour nous soutenir dans cette voie, cf euractiv)

Gérard 28/10/2012 22:00


Mr le Député,votre texte interpelle,la question posée est pertinente ,mais c'est peut-être l'exemple type de la recherche de la quadrature du cercle ! Manque un élément "
étranger" me semble-t-il au monde politique en général des "hautes-sphères" l'art de négocier dans la sérénité , libéré du syndrome que tout accord est fatalement une compromission où une
défaite  de son "camp" ! Est-il utile et nécessaire que l'esprit de revanche non déclaré mais tellement visible perdure ? Sous couvert du seul intérêt du Pays
,combien d'ambition démesurée , de frustration ,de rancune, d'éxibitionisme ? Cette notion de "jeu" parlementaire normal n'est elle pas une notion totalement obsolète dans ses "longueurs"
interminables où trop d'orateurs se font plaisir ? Toutes les écoles de management quelque soit le niveau en ont fait l'article premier:soyez bref ,allez à l'essentiel ! Seule la 'caste'
politique à l'heure du haut débit et de la mondialisation devrait continuer de vivre au rythme des siècles passés ? Toujours plus de productivité pour les miséreux car (sans mépris
aucun pour eux bien au contraire ) c'est le cas des smicards ? Curieux que salaires de cadres dit supérieurs  soient jamais pris en compte comme facteurs aggravants
du manque de compétitivité.Non? N'est-il pas encore temps de sauver le Pays en laissant gouverner ceux qui sont élus,qui eux aussi doivent accélérer le mouvement ,tous ceux qui sont en état
de survie n'ont plus le temps d'attendre ! J'ai toujours pensé et pense toujours que la philosophie s'accomode rarement d'une vie ascétique de nos jours pour ceux dont c'est la
profession !!! N'est ce pas un marqueur fort de notre époque?


Bon courage Monsieur le Député vous méritez notre respect et notre soutien ,votre travail est exemplaire.Merci.