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Blog de Christian Eckert

Médiator, l'audition de Servier laisse un goût amer...

3 Mars 2011 , Rédigé par Christian Eckert

Seuls les députés ont eu droit à assister à l'audition de Jacques Servier, qui avait accepté de répondre à la mission d'information de l'Assemblée Nationale, à condition qu'elle se déroule à huis-clos. Curieuse manière, quand on prétend être transparent. Les journalistes seraient moins sujet à accusation si les principaux intéressés acceptaient la publicité des débats !

 

Bien que non membre de la mission d'information, j'ai décidé de m'y rendre, tant le sujet me semble important.

 

Une petite douzaine de députés présents, face à cet homme à l'oeil vif, bien que tassé dans son siège : 88 ans et parmi les 10 plus grosses fortunes de France...

 

Entouré de pas moins de 11 collaborateurs, le patron des Laboratoires Servier a d'abord pendant un bon quart d'heure réécrit l'histoire du Médiator, à sa façon, contredisant le fameux rapport de l'IGAS qui pose plutôt clairement la responsabilité du labo. Il s'appuyait sur des notes écrites soigneusement par ses juristes, mais s'en écartait spontanément avec une aisance étonnante.

 

Par la suite, il a laissé ses collaborateurs répondre aux nombreuses questions, souvent très précises. Beaucoup des parlementaires présents étaient des médecins et des pharmaciens, et le débat a été très technique. Mais il n'a pas hésité à répondre lui-même à quelques interpellations. Par exemple, lorsque Gérard Bapt a fait allusion à un congrès destiné à vanter les mérites de son produit s'étant déroulé ... aux Bahamas (!), il a sèchement dit ne pas pouvoir se souvenir de tout ce qui s'est dit il y a si longtemps et si loin.

 

N'étant pas du métier, je n'ai pas tout retenu, mais sur quelques sujets, j'ai été très choqué :

 

  • - Cet antidiabétique un temps reconnu comme tel, a été souvent promu comme coupe-faim. Les dénégations du labo n'ont pas convaincu, de nombreux documents évoqués par le Président de la mission en font la preuve. Si les effets secondaires peuvent  être acceptables chez certains malades à haut rique face aux effets positifs, il n'en est rien chez les patients seulement soucieux de maigrir !

  • - Interpellé sur le fait que la promotion du médicament a été variable suivant les pays, le labo déclare que leur attitude peu être différente suivant le contexte (?) :  En fonction de la concurrence, de l'implantation de la maison Servier, de l'intérêt économique (sic)... Comme si l'intérêt des malades n'étaient pas la seule exigence ! Si le médicament est bon pour les français, n'en va-t-il pas de même en Suisse ou en Espagne ?

 

  • - Le discours sur le nombre de morts a été un temps fort. Après un couplet émotionnel du Directeur sur ses nuits blanches face aux attaques des médias, un peu indécent devant la mort des gens, on a eu droit à une querelle de chiffres sur le nombre de décès nominativement recensés, comparés aux données statistiques basées sur des extrapolations... Comme si les morts ne comptaient qu'à partir du moment où on a découvert le risque et qu'ils se sont eux-même fait connaître !

 

  • - Pas évoquée, mais je suis parti un peu avant la fin, la question de l'indemnisation, même si une vie n'a pas de prix. Sans doute a-t-on gardé cela pour plus tard, lorsque la mayonnaise sera retombée. A peine évoquée la question des conflits d'intérêt entre les experts rémunérés par les labos et siégeant dans les instances d'homologations elles même financées par les labos. Il est vrai que ce sont des sujets qui fâchent...

 

Cette audition a démontré la nécessité de réformer en profondeur ce système sinon corrompu du moins peu conforme à l'éthique exigée La recherche publique doit exister et le progrès médical ne peut être fonction des seuls intérêts privés, fussent-ils des amis-clients du Président actuel. La pharmaco-vigilance doit être indépendante des labos, comme nous socialistes le disons depuis longtemps. Notre collègue Catherine Lemorton l'a écrit avant les affaires récentes dans un rapport enterré par la droite, et en cela, les pouvoirs publics sont complices.

 

La preuve est faite, dans ce domaine comme bien d'autres, que l'Etat doit assurer son rôle pleinement. Laisser tous les pouvoirs au "privé" en le présentant comme seul capable d'être compétent et efficace, c'est l'objectif inlassable de cette droite ultralibérale qui provoque en France comme en Europe, des dégâts irréparables.

 

Les morts du Médiator, comme les suicides au travail, en sont un terrible exemple qui doit nous faire réfléchir et agir...

 


 

 


 

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