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Petite histoire de députés : Corinne, Henri et moi...

6 Mai 2017 , Rédigé par Christian Eckert

Quoiqu’on dise des députés, la très grande majorité d’entre eux fournissent un énorme travail. Une petite fraction de profiteurs voire de tricheurs - qu’il faut sanctionner bien sûr - ternissent l’image des députés auprès des français. Mais pour l'avoir été de 2007 à 2014 et avoir beaucoup fréquenté mes anciens collègues comme membre du Gouvernement ensuite, contre vents et marées, je redis ici que l’Assemblée Nationale est essentiellement composée de femmes et d’hommes qui se partagent entre leur circonscription et Paris, dorment bien trop peu, subissent un stress important, négligent leur famille et leur santé, et certains en paient le prix fort.

Corinne Erhel, députée des Côtes d'Armor est morte brutalement hier à 50 ans pendant un meeting politique dans sa Bretagne qu’elle aimait.

Lorsqu’il est élu pour la première fois, les premières séances du député dans l’hémicycle sont des moments où l’émotion le submerge : il entre dans ce lieu symbolique où s’est faite l’histoire passée de notre pays, avec le sentiment de porter une fraction de la responsabilité de son histoire future. Il vient de son morceau de territoire éloigné des projecteurs et des caméras qui désormais pointeront sur lui à la moindre occasion. A l’exception de quelques rares fanfarons, le député « bizuth » n’en mène pas large…

Lors des premières séances, qui organisent la « maison », on élit le Président et le bureau, désigne les questeurs, se répartit entre les commissions, entend les premières escarmouches échangées entre les anciens… La constitution formelle des différents groupes politiques n’étant pas faite, les députés sont installés par ordre alphabétique.

Ainsi, le chevronné, ténébreux et sourcilleux Emmanuelli était entre les deux « bizuths » angoissés fraichement arrivés de leur province, Eckert et Erhel.

Corinne et moi étions entrés en avance. Henri est arrivé à la dernière minute, sans un regard, bougonnant de sa voix rocailleuse… Il faut rappeler que notre élection en 2007 suivait l’élection de Sarkozy et que la grande majorité des « petits nouveaux » étaient des députés UMP. Ne nous connaissant ni l’une ni l’autre, Henri était persuadé que nous étions de l’autre camp et nous ignorait d’une façon frisant l’impolitesse. Corinne et moi, qui avions échangé avant la séance, savions être tous les deux socialistes débutants. Mais la solennité des lieux, notre timidité de « bizuths », notre effroi à l’idée de déranger cet icône du Parlement manifestement à cran, nous ont fait garder le silence deux jours durant. Nous en parlions tous les deux à la sortie…

Ce n’est que le troisième jour, lorsque Corinne et moi avons applaudi au discours de Jean Marc Ayrault, que le visage d’Henri s’est illuminé et qu’il nous a amicalement engueulé comme il le faisait si souvent, nous lâchant au milieu d’un éclat de rire avec son célèbre accent : « Vous ne pouviez pas me dire que vous étiez des nôtres ! Je ne vous connaissais pas, je croyais que vous étiez des UMP, toi le grand, et elle la petite ! Je n’ai cessé exprès de vous faire la gueule ! ».

Corinne et moi avons tiré de ces émotions partagées une amitié sincère. Nous avons, elle et moi, suivi notre route parlementaire. Elle se consacrait aux questions du numérique, avait un engagement parlementaire sans faille et avait gardé cette sorte de timidité qui la faisait rougir lorsqu‘elle parlait, comme pour s’excuser d’être une petite (elle l’était) femme (elle l’était aussi) coupable d’avoir de l’intérêt pour des sujets plutôt masculins. Une vraie députée bosseuse et pleinement active.

On la disait possible Ministre prochainement.

Je suis triste, comme ses amis, sa famille. La mort ne connait pas les âges, mais 50 ans c’est bien tôt.

Henri, sur lequel j’aurais mille choses à dire, nous a quitté définitivement aussi il y a quelques semaines. Corinne et lui étaient à la fois si différents et si proches.

D’autres viendront.

Puissent-ils être à leur image et être des députés qui honorent la démocratie.

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M. Turin 13/05/2017 09:31

M. le Ministre
Je regrette de devoir vous dire que la plupart de vos arguments semblent relever de la mauvaise foi.
Vous nous avez fait dépenser une fortune (160 millions d'Euros parait-il) pour étudier l'impact d'une telle réforme, et pour adapter les outils nécessaires à sa mise en place. Or, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que la mise en place d'un tel dispositif sans modifier la fiscalité française ne peut qu'engendrer des complications, et donc des couts:
Faire porter le recouvrement par les entreprises les oblige à un travail supplémentaire qu'elles ne faisaient pas auparavant, quelle que soit l'aide apportée par la modification des outils informatiques de gestion de paie, prétendre le contraire relève du mensonge.
Transmettre les informations de taux à appliquer à chaque individu suppose aussi un travail nouveau, donc un coût aussi bien pour l'administration (envoi du courrier, quel que soit le support) que pour les entreprises (réception et traitement de ce courrier).
Enfin les calculs que l'administration devra effectuer pour précisément calculer ces taux (avec en plus la complexification due à l'application des taux forfaitaires), dans le contexte de quotient familial de notre fiscalité, consistent en un travail supplémentaire qui n'existait pas antérieurement.
Tout cela sans simplifier le système de déclarations actuel, puisqu'il subsistera forcément, ne serait-ce que pour prendre en compte les revenus non salariaux.

Vous nous avez fait dépenser des millions pour mettre en place un système dont le Français moyen se demande à quoi cela peut-il bien servir. Ce n'est pas parce que beaucoup de pays ont adopté le prélèvement à la source que la France doit forcément l'adopter, aucun de ces pays n'ayant un système fiscal comparable au nôtre.
Et je ne parle pas des couacs qui risquent de se produire à la mise en place généralisée d'un système qui n'aura pas été expérimenté auparavant sur un prototype: quel industriel se permettrait de lancer un produit pour envahir le monde sans l'avoir testé en profondeur sur une série de prototypes ?
M. le Ministre, permettez-moi de vous le dire, vous rêvez !
Michel Turin, un contribuable quelconque...

Darboussier 12/05/2017 17:55

M. le ministre,
N'ayant pas trouvé le bouton "commentaires" sur l'article que vous avez écrit au sujet de la position de M. Macron sur le PAS, je me suis permis de squatter un autre article qui est pourvu du bouton "commenter".

Vous semblez très énervé car on remet en cause votre position concernant le PAS, qui est forcément une idée géniale puisque c'est vous qui l'avez portée. Je ne rentrerai pas dans la polémique de l'intérêt de tout chambouler dans un système qui marche fort bien depuis des années alors qu'il suffit d'imposer à tous les contribuables le prélèvement mensuel pour rapprocher la perception de l'impôt du versement des revenus...
Je ne parlerai pas non plus des pertes de recettes pour l'état qui seront fatalement présentes lorsque des employeurs partiront avec la caisse (ils le font déjà avec la TVA, alors pourquoi imaginer qu'ils ne le feront pas avec l'IR).
Non, je voudrais juste vous indiquer que si vous aviez discuté avec des agents de la DGFIP, voire de ses services informatiques, vous sauriez que l'accident industriel est à peu près garanti.
Même un "ancien" de la DGFIP, M. Wolf, en est persuadé, d'après l'article qu'il a écrit.

En fait, c'est la méthode qui est contestable : un big bang en une seule année, avec une année pseudo-blanche et tout le bazar qui doit maintenant être réalisé pour rattraper les loupés de la réflexion qui n'a pas eu lieu, ça c'est contestable.
M. Macron que vous accusez de basses manoeuvres a bien compris qu'on va à la catastrophe en lançant cette opération mal ficelée.
Je vous citerai juste 2 exemples de cas concrets assez caractéristiques :
1) Le taux calculé par la DGFIP ne tiendra pas compte des investissements locatifs. Les réductions d'impôts afférentes seront donc remboursées fin août (ceci dit, peut-être que c'est voulu ?). Et cela concerne combien de contribuables, entre Scellier, Dufflot et autres Pinel ?

2) La gestion des travaux dans les immeubles loués. Si j'ai bien compris, sauf à générer un déficit foncier en 2017, un propriétaire aura tout intérêt à attendre 2019 pour réaliser des travaux d'amélioration, sauf à "perdre" 50% de la déduction qu'il aurait pu obtenir. Il fallait y penser ! Du coup, je peux vous garantir que dans mon cas, je vais attendre 2 ans (et mes locataires aussi).

Au fait, je pourrai aussi parler des agents des services qui vont se retrouver en 1ère ligne pour se faire enguirlander par les contribuables qui subiront des bugs.

Mais bon, c'est trop tard, vous n'êtes plus ministre...mais je vois que le décret a été publié ce jour. Ah quand on est certain d'avoir raison...

Christian Eckert 13/05/2017 12:49

Sur les entreprises défaillantes l'argument est nul, les salaires bruts sont garantis par l'ANGS et incluent le PAS.
Sur les avantages, départ en retraite, créateur d'entreprise, mise à temps partiel, licenciement, mise à jour automatique et la mensualisation obligatoire ne traite pas le sujet !
Etc....(naissance, mariage....

Darboussier 13/05/2017 10:34

M. le Ministre,
Je vois que vous n'avez pas répondu aux exemples que j'ai donnés, mais que vous indiquez seulement que "le monde entier le fait".
Avec un tel argument, on peut se demander pourquoi l'ISF n'a pas été supprimé puisque nous sommes à peu près les seuls à avoir un tel impôt...On prend souvent l'Allemagne en exemple, mais pas sur l'ISF.
Maintenant, le prélèvement à la source n'est pas forcément mauvais, c'est juste le passage d'un système à l'autre qui va être catastrophique.
Alors bien sûr, vous mettez en avant la qualité et le sérieux de l'administration, mais si vous vous fiez à ce que vous fait remonter le DG, c'est sûr que "tout va très bien madame la Marquise". Creusez un peu en-dessous et vous verrez.
Finalement, je ne vois toujours pas en quoi cela sera bénéfique pour les contribuables (hormis de dire que c'est plus "moderne"), ni pour l'administration, ni pour le budget, par rapport à la mensualisation.
Quant à faire intervenir un acteur de plus dans la chaîne de traitement (l'employeur ou la caisse de retraite, etc...) comment imaginer que cela ne va pas complexifier le process et ajouter des erreurs ?

Tout ça pour quoi ?
Posez-vous honnêtement la question. On apporte quoi au contribuable (qui pouvait déjà moduler son prélèvement en cours d'année si ses ressources changeaient) ?
N'a-t-on pas dépensé de l'argent qui aurait pu servir à bien d'autres choses pour un "bidule" qui n'était demandé par personne ?

Ou alors est-ce parceque cela permettra de fusionner plus facilement CSG et IR et de fait de taxer davantage les classes moyennes ?

Espérons que Macron revienne sur ce décret car au moins cela n'aura coûté qu'une centaine de millions...qu'est-ce par rapport çà l'ONP et à Copernic ?

Christian Eckert 12/05/2017 18:04

Un décret, ça peut s'abroger ....
Monsieur Wolf a quitté la DGFIP il y à longtemps...
Et puis franchement, le monde entier le fait, pourquoi pas nous ?

Anne 06/05/2017 18:35

Merci. 20 minutes a intégralement recopié ce billet sur leur site, ce que je trouve anormal.
http://www.20minutes.fr/politique/2063123-20170506-hommage-poignant-christian-eckert-corinne-erhel

V 06/05/2017 17:30

La douceur de cet hommage fait du bien, merci

Joel B 06/05/2017 15:47

Bel hommage de votre part.Nous partageons la peine de ses proches.